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Ousman Danedjo


Portrait de: Ousman Danedjo

 

C’est l’histoire d’un coup de foudre, d’une attraction fatale, d’un enchantement. Celle d’un jeune musicien et chanteur français qui signe un premier album d’une fluide et sobre élégance, offert comme une délicate attention à la terre l’ayant fait naître une seconde fois.

 

 « J’ai fait le choix d’ouvrir ce disque avec le titre «Neneh Africa», qui signifie «Afrique mère» en langue peule, car ce morceau résume tout ce qui sous-tend et a déterminé ce projet, né de ma rencontre avec l’Afrique. J’ai voulu d’emblée la remercier de m’avoir accueilli et appris autant.» Celui qui parle a 31 ans, a vu le jour et vit en banlieue parisienne, s’appelait encore il n’y a pas si longtemps François Glowinski, né de père juif polonais et de mère chrétienne française. Désormais, son nom est Ousman Danedjo. Quelle idée saugrenue, se dira un esprit critique prompt à flairer dans ce choix une coquetterie exotique. De la même manière qu’il ironiserait également sur ces filles blanches portant tresses et boubou à la ville après une excursion en Afrique.

 

Danedjo a des arguments pour chasser le doute. « Ousman, parce que je me suis converti à l’Islam en 1996, c’est la première raison. Et puis, c’est également le prénom que des amis m’ont donné en Casamance, à Ziguinchor, où à 17 ans j’étais allé un peu sur les traces de Touré Kunda, dont j’étais fan. Lorsque je me suis converti, j’ai gardé ce prénom. » Quant à Danedjo, c’est un deuxième surnom que des amis peuls lui ont donné à Dakar et qui veut dire «teint clair». Sur son album, Ousman Danedjo chante notamment en bambara, en dioula, en peul, en wolof, en lingala. Il joue de la guitare, mais aussi de la kora, du kamalé n’goni et des percussions. A-t-on là pour autant un album de musique africaine composée et interprétée par un Français imprégné d’Afrique ? Pas si simple. D’ailleurs, la chanson-titre est en espagnol, «En El Medio» (au milieu). Une manière pour Danedjo de signifier que si l’Afrique restera toujours son influence la plus forte, il s’en reconnaît d’autres, déjà là ou à venir.

 

Ousman Danedjo incarne en fait une tendance perceptible depuis quelques années chez de plus en plus de jeunes musiciens français : la volonté de s’appuyer sur les traditions d’Afrique en allant chercher in situ ce qui fécondera leur imaginaire créatif. On peut citer également, entre autres, Fred Galliano, qui, avec son label Frikyiwa, a scellé la rencontre de musiques ouest-africaines avec l’électro, ou encore Toma Sidibé, tombé amoureux du Mali où il a appris le djembé, puis «africanisé» son nom (Thomas Lambert) et fait le choix de chanter en bambara. On pourrait également évoquer le joueur de clavier Jean-Philippe Rykiel, qu’Ousman Danedjo a convoqué au nombre de ses invités sur son album. Un musicien qui a multiplié depuis le début de sa carrière les rencontres avec les artistes africains, en allant s’immerger régulièrement dans le vif du sujet, notamment au Sénégal, où il est resté six mois pour l’enregistrement de l’album Eyes Open (1992) de Youssou N’Dour. « C’était un honneur de partager ma musique avec Rykiel, raconte Danedjo. Nous n’avons pas eu besoin de parler de notre rapport à l’Afrique. Nous savions qu’il y avait ce point commun et cela a créé une grande affection et compréhension entre nous

 

Ousman Danedjo a craqué pour l’Afrique à 17 ans lors de son premier voyage, y est retourné maintes et maintes fois, s’y est même installé un temps. Son histoire avec ce continent est autant humaine et personnelle que musicale, insiste le chanteur. « Je pense qu’au départ, c’était pour moi juste un désir de vivre autre chose, de sentir une seconde naissance. J’avais peut-être besoin d’autres nourritures, d’autres références. Je n’étais peut-être pas complètement content de ma vie à ce moment-là. Aller puiser en Afrique m’a permis de me régénérer. Cela a été un nouveau départ pour moiOusman Danedjo admet que ce disque est un choix assez osé. S’il se l’est autorisé, c’est d’abord parce qu’il aime cette musique et ces langues. Il trouvait donc naturel et évident de les chanter. Et puis, il y a une autre raison, encore bien plus forte. « J’ai ressenti tellement d’émotions quand j’étais là-bas qu’il fallait que j’en fasse quelque chose. La musique m’a permis d’exprimer cette reconnaissance pour tout ce ressenti, ce vécu, pour tous ces gens qui m’ont fait grandir



Patrick Labesse




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